New Dehli, l'appel des sens
- félicité Dussel
- 4 oct. 2023
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 nov. 2023

Man writing on a barrel, New Dehli, India
Arriver à Dehli c’est se retrouver au beau milieu d’une orgie humaine.
Dans les rues, la foule prolifique se tient proche. Dans les transports les corps mélangés se frôlent jusqu’à se toucher. La proximité avec l’inconnu est inévitable là où l’intimité n’existe plus. La tension est palpable. Personne n’a l’air d’en être gêné. Les hommes décomplexés, se tiennent par la main, en guise d’amitié, disent-ils. Les enfants sont serrés forts contre la poitrine féminine ou agrippés sur le dos de la mère.
Les voix hurlent, les klaxons crient à l'unisson, les vieux moteurs rugissent les uns après les autres ou les uns sur les autres. Le répit ne se trouve pas et la cacophonie règne en maître. C’est comme s’il fallait faire plus de bruit encore pour être vu au milieu de cette jungle humaine.
Au coeur de la ville, les animaux font partie intégrante du paysage. Ils se confondent avec les voitures dans la circulation, avec les humains allongés sur le trottoir. On ne les dérange pas eux, dont la vie vaut parfois plus qu'une âme humaine.
Un peu partout les odeurs m’atteignent. La chaleur et la proximité des êtres sous un climat tropical en sont les principales responsables. A toute heure de la journée, le corps goûte et imbibe le vêtement moite, collé à la peau. D’un geste lent le chauffeur de bus balaye les larmes de son front à l'aide d'un tissu noirci par la pollution.
A certains endroits l’odeur de la nourriture est suffisamment forte pour recouvrir tout. Les mains nues prennent la substance plus ou moins solide pour venir l’engouffrer dans les bouches grandes ouvertes. L’huile frémit sur les plaques de cuisson dressées à l’improviste sur un chariot, une planche de bois, de métal, un bidon. L’endroit importe peu. La pâte est étalée généreusement, le riz saupoudré de mille couleurs, le chaï est bouillant. Il y en a pour tous les goûts, même les plus improbables. Au milieu de ce spectacle de saveurs je me sens novice. Les épices me font transpirer, encore plus.
A chaque bouffée d’air les poumons me brûlent. Je m’en étouffe parfois tellement c’est extrême. Les gens, eux, ont l’air habitués, leurs traits ont vieillis et la peau s’est durcie sous la lourdeur de l’atmosphère. Certains toussent dans un mouchoir qu’ils remettent dans leur poche ; d’un geste banal, ils survivent à l’apocalypse.
Une épaisse fumée recouvre la ville, le ciel et le soleil. Elle atténue l’éclat des couleurs des saris des femmes indiennes et fait pleurer les yeux devenus rouges. Elle pose un filtre sur l’horizon. Gris la plupart de la journée, orange lorsque le soleil, caché sous les nuages de plomb, se couche sur la ville.
Elle recouvre mes mains, ma peau, elle y pose une épaisseur grise moite de laquelle il est dur de se débarrasser. Elle est la preuve que je n’ai pas seulement traversé la ville mais qu’elle même m’a transpercée.
Félicité Dussel



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